C’est le prestigieux Financial Time qui le révèle. Le journal britannique, voix de lestablishment anglais en dépit de son rachat par le japonais Nikkei, a estimé le 13 août 2019 que les chiffres du Rwanda sur la pauvreté son “probablement” manipulés. Les statistiques officielles de the National Institute of Statistics of Rwanda indiquaient une baisse de la pauvreté de 6% entre 2011 et 2014. Un rapport de la Banque Africaine de Développement (BAD) intitulé Intregated Household Living Conditions datant de 2015 va dans le même sens. Ce, alors que depuis 2015, l’institut Oxford Policy Management (OPM), mentionné dans plusieurs rapports de développement sur le Rwanda, s’est désolidarisé des chiffres officiels du pays en raison d’un changement de méthodologie dans le calcul de la pauvreté.
Financial Time qui réchauffe en fait une polémique de 2015 soutient le contraire affirmant que la pauvreté a “probablement” augmenté sur la période, surtout en milieu rural. Pourtant c’est dans ce milieu rural, où vivent plus de 75% de rwandais, qu’évolue l’une des plus grandes réussites entreprises par Paul Kagamé: la réforme agraire qui a doublé les exportations agricoles du pays, passées de 400 millions à 1,6 milliard de dolllars entre 2007 et 2016.
Selon le journal centenaire, l’inflation a augmenté plus vite que ne l’ont estimé les rapports officiels. Ces affirmations s’appuient aussi sur les réserves formulées par lettre anonyme en décembre 2015 par 5 employés de la Banque Mondiale.
A l’époque, France 24 avait relayé la polémique en s’adressant à Dr Filip Reyntjens, professeur de droit et de politique africains à l’Université d’Anvers, considéré aujourd’hui comme l’un des principaux experts sur le Rwanda.
« Le gouvernement a modifié la méthodologie, en particulier le seuil de pauvreté, avant de publier le rapport », avait déclaré Reyntjens à FRANCE 24. « Ainsi, dans le rapport final, les niveaux de pauvreté semblent avoir diminué de plusieurs points de pourcentage. »
« Nous avons refait les calculs en utilisant la méthodologie initiale, et les résultats montrent que le taux de pauvreté a en réalité augmenté de 6% en 2013-14 », avait-t-il ajouté.
Pour obtenir cette diminution des niveaux de pauvreté, les auteurs ont modifié les critères de consommation des Rwandais les plus pauvres.
Des affirmations battues en brèche par l’Office britannique du développement (Department for International Development, DFID)qui estimait normal qu’il y ait une évolution de la méthodologie de calcul de la pauvreté.

Le Rwanda présentait un PIB de plus de 9 000 milliards de dollars en 2017, en croissance de 6,2%. Le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat était de 2 100 dollars. A l’instar de la plupart des modèles de développement africain, Kigali est confronté à une courbe de pauvreté dont l’évolution, beaucoup plus lente que le taux de croissance, repose sur une gouvernance transparente et des politiques sociales (couverture maladie, eau potable, électricité, désenclavement) à long terme. En 2011, le taux de pauvreté du pays était de 45%, soit la moyenne de l’Afrique subsaharienne.
Le pays de 12 millions d’habitants est le
4e du continent dans le classement de Transparency Internationalqui donne une perception de la gouvernance. Le Rwanda présente un un taux de scolarisation de 98 %, selon l’Unicef. Le classement du pays au 196 eme rang mondial dans l’indice du développement humain du PNUD montre qu’en définitive tout est question de perception.
