Les sanctions prononcées dernièrement par la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) envers plusieurs banques commerciales (Bgfi Bank, BICEC, Afriland First Bank, Société Générale Cameroun, Standard Chartered Bank et United Bank for Africa), coupables de n’avoir pas rapatrié à temps les devises engrangées dans les transactions entre leurs clients et l’extérieur, illustrent des difficultés du régulateur central à renflouer un compte d’opération. Les États de la CEMAC sont tenus rappelons-le de déposer 50% de leurs réserves de devises auprès d’ un compte spécial ouvert dans les livres de la Banque de France et de couvrir au moins 20% de leurs engagements à vue.
Jusque-là tout allait bien, la conjoncture haussière du baril de pétrole dont sont tributaires cinq des 6 économies de la zone autorisait une certaine tolérance vis-à-vis des banques obligées de détenir plusieurs comptes offshores et dans les grandes places financières internationales pour accompagner les échanges entre la zone et le reste du monde.
En décidant depuis mars dernier de durcir la réglementation sur l’ouverture des comptes en devises à l’étranger , la BEAC espère rapidement renflouer ses comptes en devises et éviter…une dévaluation improbable mais déjà actée sur le marché des changes et objet de spéculations dans les réseaux sociaux.
L’on est en droit de se demander pourquoi dans les difficultés actuelles de la CEMAC, ne pas faire jouer la fameuse garantie illimitée de la France ? Paris devrait en tant qu’assureur faire face au sinistre (rareté des devises , en deçà de 3 mois d’exportation ) en injectant les fonds nécessaires à assurer l’équilibre entre l’offre et la demande de devises. En lieu et place, Bercy fait appel au Fonds Monétaire International (FMI) dans un scénario qui n’est pas sans rappeler le grand traumatisme que fut la dévaluation de 1994.
L’on voit en effet depuis décembre 2016 des manœuvres de pression extrême sur les politiques publiques de la région. Les dépenses non essentielles ont été gelées, des agences parapubliques ont été fermées et des fonctionnaires invités à faire valoir leurs droits à la retraite. Dans ses exigences, le FMI a poussé les pays à révéler leurs endettements vis-à-vis de la Chine. Le Congo, qui n’a toujours pas signé une FEC (Facilité Élargie de Crédit ) s’est retrouvé face à une dette dépassant les 110% du PIB et une économie à l’arrêt.
La convention de restructuration signée en avril avec la Chine sera jointes aux conclusions de la dernière mission du FMI et présenté lors du prochain conseil d’administration de l’institution . Ce n’est pas encore le bout du tunnel pour Brazzaville. De son côté, le Cameroun, locomotive de la région, a été mis en demeure par Pekin de régler une dette contractée trop facilement .
Bref, face aux difficultés financières de la région, le temps est venu de démontrer aux anti-Franc CFA que la garantie de la France a encore son utilité. En n’intervenant pas, Paris apporte de l’eau au moulin des économistes et des activistes qui considèrent que ce mécanisme hérité du passé colonial n’a aucune utilité pratique. Quant à la BEAC, en cours,dit-on, de modifier ses statuts avec l’assistance du FMI, elle doit, selon les banquiers, arrêter de limiter son rôle à celui d’un régisseur des devises et envisager la fonction de banquier central dans une perspective keynésienne de régulateur de la monnaie et de stimulateur du développement économique. Le raidissement actuel (ce, alors qu’en mars dernier, la BEAC annonçait par la voix la plus autorisée un taux de couverture de 62% contre une norme statuaire de 20%) freine l’activité économique et, par conséquent, fragilise les entreprises et les emplois. «Pour 71 % des patrons membres du Gicam, l’accès aux devises est une préoccupation majeure », déclarait récemment Célestin Tawamba,président du Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam), principale structure patronale du pays leader de la CEMAC. Est-ce ainsi que la CEMAC parviendra-t-elle à l’emergence ?
