Le Nigeria est, avec le Bénin et l’Érythrée, l’un des trois pays africains à n’avoir pas encore signé l’accord de la Zone africaine de libre-échange, entré en vigueur le 30 mai 2019. La première économie africaine, pressée par les associations syndicales et patronales, avait créé la surprise en faisant savoir, à la veille du sommet du Kigali du 21 mars 2018 qu’elle n’allait pas signer la ZLECA. A moins d’une année des élections de janvier 2019, le président Buhari avait-il cédé aux pressions populistes et aux intérêts de quelques industriels?
« Nous sommes résolus à rompre avec la pratique antérieure consistant à engager le Nigeria dans des traités sans plan de mise en œuvre précis pour concrétiser les avantages escomptés tout en atténuant les risques », dira-t-il en octobre 2018 en recevant un comité pour évaluer l’impact de l’accord. A quelques semaines des présidentielles qu’il a finalement remporté, le président nigérian avait tiré sur la fibre nationaliste. Extraits:
« La création de cette zone de libre-échange est une idée louable. Il est clair que la population, les ressources et d’autres indicateurs théoriques du commerce du continent mettent en évidence le potentiel énorme qui existe si nous pouvons supprimer les différentes barrières qui entravent le commerce intra-africain », avait déclaré le président Muhammadu Buhari devant le comité en charge de cette étude. Et l’homme fort du Nigeria d’exprimer des réserves: « Cependant, bien que cette affirmation soit logique en théorie, la réalité des affaires en Afrique pose ses propres défis ».
Et Buhari de poursuivre: « le concept de libre-échange implique une hypothèse fondamentale de niveau et de concurrence équitables. Je suis convaincu que vous conviendrez avec moi que le paysage commercial de l’Afrique, sous sa forme actuelle, présente de multiples facettes ».
Et le chef de l’Etat nigérian de donner sa conception, étroite il va s’en dire, du libre-échange : « Pou nous au Nigeria, notre vision du commerce intra-africain est la libre circulation des «produits fabriqués en Afrique». Cela signifie que les biens et services doivent avoir un contenu africain important en termes de matières premières et de valeur ajoutée aux processus de production et de service ».
Les quatre exigences du Nigeria exprimées par le chef de l’Etat, bien avant le retour de l’étude d’impact, portent:
1- sur la clarification des règles d’origine,
2-les moyens à mettre en place pour lutter contre la contrebande,
3-la quantification des impacts des accords commerciaux préférentiels existants entre certains Etats, entités et d’autres Etats ou entités non africains (exemple traité préférentiels signés par certains Etats avec l’Union Européenne par exemple).
4- les moyens à mettre en oeuvre pour rendre les entreprises africaines compétitives à l’international.
5- la clarification du coût financier de la ZLECA
6- Une stratégie pour combler le déficit énergétique africain.
7- La stratégie pour développer les infrastructures de transport et la logistique.
A noter que le comité vient de remettre au président nigérian son étude d’impact de la ZLECA sur le court, le moyen et le long terme. Au président Buhari de trancher. L’accord de libre-échange est sensé éliminer 90% des barrières douanières. Chaque pays disposera de sa liste sensible de produits à protéger.
Réagissant aux hésitations de son pays, l’ancien président nigérian, Olusegun Obasanjo, a été on ne peut plus clair: « vous vous souviendrez que c’est la première fois, depuis 1976, que le Nigeria n’est pas à la table d’un processus continental majeur ». et de se faire plus précis: « Le Nigeria devrait régler son problème chez lui et non pas l’apporter à l’UA ».
Pour rappel, l’Association des industriels du Nigeria, qui représente 3 000 manufacturiers, avait salué la décision présidentielle de ne pas signer l’accord. Pour sa part, le puissant syndicat Nigeria Labour Congress avait qualifié cet accord d ’« initiative politique néolibérale, extrêmement dangereuse et radioactive ». C’est dire des pressions qui pèsent sur le président Buhari.
