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Finance africaine — depuis 2013

La femme africaine, championne de l’entrepreneuriat (Roland Berger)

Traditionnellement dominé par les hommes, le monde de la finance compte quelques icônes féminines qu’on brandit à longueur de colloques. De Nezha Hyatt, présidente de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) à Nicky Newton-King, directrice de la puissante Business Leadership South Africa et CEO de la Johannesburg Stock Exchange, la place qui pèse 80%…

Amadjiguène Ndoye, coordinatrice de la rédaction à Financial Afrik.

Traditionnellement dominé par les hommes, le monde de la finance compte quelques icônes féminines qu’on brandit à longueur de colloques. De Nezha Hyatt, présidente de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) à Nicky Newton-King, directrice de la puissante Business Leadership South Africa et CEO de la Johannesburg Stock Exchange, la place qui pèse 80% de la capitalisation boursière africaine, on peut dire que la femme est bien présente dans la planète finance. Mais attention à la généralisation rapide.

Il faut dire que bien souvent, les femmes peinent à accéder à ces postes de responsabilité, car devant concilier vie professionnelle et vie personnelle, ce qui constitue un frein à leur ascension. «Moteur central de l’économie» du continent selon une étude Ipsos publiée en mai 2017, les femmes africaines ont encore du chemin à faire.


Entreprendre pour exister

En proportion, les femmes représentent 8% des salariés du continent. En réalité, la gent féminine est plutôt orientée vers l’entrepreunariat. Selon une étude du Cabinet Roland Berger (septembre2018), à l’occasion du sommet Women in Africa, l’Afrique enregistre le plus fort taux d’activité entrepreneuriale (TEA) des femmes. Elles y sont près de 24 % en âge d’exercer un emploi ou à être impliquées dans la création d’entreprises contre 17% en Amérique latine, 12% en Amérique du nord, 11% en Asie du sud-est/Pacifique, 9% au Moyen-Orient et seulement 6% en Europe et en Asie centrale. Un chiffre qui fait des Africaines les championnes du monde de la création d’entreprise.

Les femmes africaines seraient par ailleurs à l’origine de 65% de la richesse du continent avec la création de 150 à 200 milliards de dollars de valeur ajoutée. L’Afrique subsaharienne enregistre le TEA moyen régional le plus élevé avec 25,9%, ce qui se traduit par beaucoup d’emplois pour les femmes entrepreneurs dans cette région, alors que l’Afrique du Nord en totalise seulement 8%. Selon l’étude, «ces disparités importantes découlent de différentes réalités socio-économiques et culturelles des régions».

Ai Kenya, le taux le plus élevé de participation des femmes

Pour le cas particulier de l’Afrique de l’Est, le Kenya possède le taux le plus élevé de participation des femmes à la propriété d’entreprise, avec 48,7%. Les femmes y possèdent près de la moitié des 1,3 million de micro, petites et moyennes entreprises (MPME), dont 85% sont des PME appartenant au secteur informel (données du Bureau national des statistiques du Kenya). Une aubaine à ne pas minimiser par les décideurs et autres financiers car, toujours selon l’étude, lorsque les Africaines accèdent à des postes à hautes responsabilités, elles inventent un modèle de management plus équitable et solidaire, et plus rentable car « une entreprise dirigée par une femme atteint un rendement 34 % supérieur ».

De plus, les entrepreneures africaines ont très vite intégré l’enjeu porté par la révolution numérique. Le continent compte aujourd’hui 700 millions d’internautes et mobinautes. Les opportunités sont colossales face à un aussi grand marché. Les enjeux le sont tout autant. Ceci se traduit par l’intérêt des femmes dans la création de startups même si sur le continent seulement 9 % des start-ups ont des dirigeants femmes, selon une étude réalisée en 2016 par Venture Capital for Africa, une organisation basée aux Pays-Bas. Néanmoins de jeunes entrepreneuses ont su se distinguer des autres à l’image de Nthabiseng Mosia d’Afrique du Sud, Rahma Bajun de Tanzanie et Ronke Bamisedun du Nigeria, ce qui leur a valu un classement parmi les 30 meilleurs jeunes entrepreneurs en Afrique pour 2018 par le magazine économique américain Forbes.

Un engouement freiné par le manque de financement

Cependant, il est important de noter que cet engouement, même s’il coïncide avec la prise de conscience de bon nombre de décideurs politiques, ne rencontre pas souvent un accompagnement financier de la part des banques et autres institutions de financement, ce qui constitue le principal frein au développement de l’entrepreneuriat féminin. Donc, malheureusement, les entreprises dirigées par des femmes ont moins de chances que celles dirigées par des hommes de se développer en raison d’une peur plus grande de la faillite. En outre, la raison n’est pas à chercher dans la mauvaise gestion de ces dernières mais plutôt parce qu’elles partent souvent d’une base inférieure.

Elles ont moins de capital de départ et d’investissement, et possèdent peu ou pas de garantie, ce qui limite l’accès au crédit et aux prêts. Aussi, l’accès au crédit tend ainsi à devenir plus complexe lorsqu’il est associé à des facteurs liés au genre. A noter aussi qu’à l’échelle mondiale, les hommes représentent 92% des partenaires des 100 principales sociétés à capital-risque, et les start-ups créées par des femmes ne reçoivent que 2% des investissements de ces sociétés. Si l’on étudie au cas par cas par exemple, l’agriculture africaine, principale pourvoyeuse d’emplois sur le continent, est en grande partie dominée par les femmes. Dans certains pays comme le Rwanda ou le Burkina Faso, la main-d’œuvre agricole est presque exclusivement féminine avec des pourcentages dépassant les 90%. Néanmoins, ceci ne se traduit pas par un plus grand contrôle du secteur. En effet, si l’entrepreneuriat féminin est très dynamique sur le continent, les entrepreneuses sont pourtant très vite confrontées à de nombreuses difficultés dont celle du financement, en particulier au capital de croissance.

En Afrique de l’Est, par exemple, les femmes empruntent 13% moins d’argent que les hommes pour des activités liées à l’agriculture. Ce qui a comme conséquence la faiblesse de la productivité agricole qui est très en deçà des moyennes mondiales. Les PME africaines dirigées par les femmes sont les plus affectées par le déficit de financement, estimé à 42 milliards de dollars pour l’ensemble des chaînes de valeur, dont 15,6 milliards de dollars pour le seul secteur de l’agriculture. Donc, pour ces femmes, l’autofinancement, les associations informelles et formelles d’épargne et de crédit, comme les agences de micro-crédit, restent leurs sources de financement principales. Pourtant, les principaux enjeux économiques d’aujourd’hui pourraient, au moins en partie, être résolus par une plus forte intégration des femmes et ainsi leur faire dépasser le cadre «juste» primaire de l’économie pour jouer un rôle clé dans l’industrie financière.

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