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Pourquoi le Franc CFA est-il un objet de discorde entre Paris et Rome ?

Par Christine HOLZBAUER, Paris. Depuis le 8 janvier, c’est la guéguerre entre la France et l’Italie à coup de petites phrases assassines largement relayées par les media des deux côtés des Alpes. Quelle mouche a donc piqué Matteo Salvini et Luigi Di Maio, les deux vice-présidents du Conseil des ministres italien, pour qu’ils décident d’ouvrit un front d’attaque inédit contre le gouvernement français ? Vu d’Afrique, on a…

Par Christine HOLZBAUER, Paris.

Depuis le 8 janvier, c’est la guéguerre entre la France et l’Italie à coup de petites phrases assassines largement relayées par les media des deux côtés des Alpes. Quelle mouche a donc piqué Matteo Salvini et Luigi Di Maio, les deux vice-présidents du Conseil des ministres italien, pour qu’ils décident d’ouvrit un front d’attaque inédit contre le gouvernement français ?

Vu d’Afrique, on a d’abord regardé, médusé, le président français Emmanuel Macron se faire pilonner par ses adversaires populistes italiens accusant Paris d’ « appauvrir l’Afrique » et d’aggraver la crise migratoire. Puis c’est l’invocation du franc CFA, un sujet qui fait polémique aujourd’hui dans nombre de pays africains francophones, qui a mis le feu aux poudres déclenchant la convocation le 21 janvier au Ministère des affaires étrangères à Paris de l’ambassadrice d’Italie en France, Teresa Castaldo.

Des paroles qui fâchent

D’abord sur la réserve, se contentant de quelques lignes sur « la France qui se garde de donner des leçons à l’Italie« , la ministre chargée des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a fini par craquer. Son directeur de cabinet a convoqué l’ambassadrice d’Italie à la suite des propos jugés « inacceptables » et « sans objet »tenus, la veille, par des autorités italiennes, a-t-on indiqué au cabinet de la ministre.En cause, les piques de Luigi Di Maio demandant à l’Union européenne de prendre »des sanctions » contre les pays qui, à commencer par la France, sont selon lui à l’origine du drame des migrants en Méditerranée. « Si aujourd’hui il y a des gens qui partent, c’est parce que certains pays européens, la France en tête, n’ont jamais cessé de coloniser des dizaines de pays africains« , a insisté le chef politique du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) qui gouverne l’Italie depuis la victoire en juin 2018 de la Ligue du Nord de Matteo Salvini, aujourd’hui ministre de l’intérieur.

Selon Luigi Di Maio, qui est aussi ministre du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales, « il y a des dizaines de pays africains où la France imprime une monnaie, le franc des colonies et avec cette monnaie elle finance la dette publique française« . Et d’insister : « Si la France n’avait pas les colonies africaines, parce que c’est ainsi qu’il faut les appeler, elle serait la 15e puissance économique mondiale alors qu’elle est parmi les premières grâce à ce qu’elle est en train de faire en Afrique« , a-t-il argué provoquant l’ire du Quai d’Orsay. Même si, comme l’a encore affirmé Nathalie Loiseau : « Notre intention n’est pas de jouer à celui qui est le plus bête« .

French bashing

Pour la plupart des commentateurs français, non seulement les populistes italiens ont décidé d’organiser la campagne des élections européennes du 29 mai prochain en faisant de la France le « totem des crachats », mais il existe de surcroît une surenchère électoraliste entre la Liga del Nord de Salvini petite-bourgeoise et conservatrice et le mouvement Cinque Stelle de Di Maio proche du petit peuple et dispendieux. « C’est à qui insultera au mieux Paris et ses représentants », note Christian Makarian, le directeur adjoint de l’Express. « Pour les énervés de l’antisystème, poursuit-il, Macron incarne l’arrogance de l’eurocrate, une Union européenne sans cesse plus étroite, un tandem renforcé avec l’Allemagne. Ce que vient de confirmer le traité de coopération et d’intégration d’Aix-la-Chapelle, signé le 22 janvier, qui laisse l’Italie de côté ». 

Une dégradation des relations qui désole Giuseppe Conte, le président italien, car elle risque d’isoler encore plus l’Italie. Ce dernier n’appartient à aucune des deux formations aujourd’hui en compétition pour dominer la coalition et est souvent appelé en « casque bleu » par les autorités européennes. Ses propos lénifiants sur « l’amitié historique » de son pays avec la France ne peuvent toutefois pas faire oublier que les relations se sont détériorées depuis 2015 et l’arrivée massive de migrants sur les côtes italiennes. La France de François Hollande n’avait cessé de promettre son appui à l’Italie alors dirigée par Matteo Renzi, mais sans que jamais les paroles soient suivies d’actes. Matteo Renzi avait déjà eu des remontrances contre la France, rendue en partie responsable de sa défaite aux législatives de mai 2018 face aux forces de Luigi Di Maio et de Matteo Salvini. Si on y ajoute plusieurs contentieux économiques comme la présence hostile de Vivendi dans Telecom Italia, la volonté de Fincantieri de contrôler le chantier naval STX France ainsi que le très ancien ressentiment italien contre « l’arrogance française », on a là tous les ingrédients pour que se poursuive et s’intensifie le « French Bashing » à l’italienne.

Lutte contre la Françafrique L

Kemi Seba, l’activiste béninois expulsé du Sénégal, a fini par donner les raisons de l’attaque frontale du Ministre Di Maio contre le franc CFA et la Françafrique. A l’en croire, tout est parti du postulat que l’immigration africaine serait bien moindre si les pays africains n’étaient pas colonisés et déstabilisés par la France. « Nous pensions qu’il était nécessaire pour le M5 de s’attaquer aux problèmes à la racine plutôt qu’aux simples conséquences » a-t-il expliqué sur sa page Facebook, le 22 janvier. Le même jour, il révélait avoir été reçu à Rome en septembre 2018 dans les bureaux du M5 au Parlement italien afin de fournir des dossiers sur la Françafrique et le franc CFA. « Contrairement à de nombreux autres partis politiques italiens, le M5 a compris que les Africains ne viennent pas en Italie par amour de la pizza, mais parce qu’ils sont constamment déstabilisés », écrit-il. 

Le Président de l’ONG « Urgences Panafricanistes » en a profité pour annoncer la création du Parti Panafricaniste Béninois (PPB).  « A cet effet, nous avons décidé (quels que soient nos désaccords) depuis septembre 2018, de former un FRONT COMMUN contre LE NÉOCOLONIALISME FRANÇAIS et occidental en Afrique », a-t-il précisé. Lançant au passage un avertissement au président Macron : « ce n’est QUE LA PREMIÈRE ÉTAPE des attaques institutionnelles qui vient de se dérouler »,  prévient-il. Car « ce que les dirigeants Africains sont incapables de faire, d’autres dirigeants non Africain le feront, sous notre impulsion, jusqu’à ce que nous-mêmesprenions le pouvoir dans nos pays ».

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