Par Cheickna Bounajim Cissé,
Economiste, essayiste et émergentier (activiste de l’émergence de l’Afrique).
L’Afrique, gorgée de richesses et de sagesse et engorgée de tristesse et de détresse, ne doit pas continuer à servir de crachoir aux racistes, de comptoir aux esclavagistes, de dépotoir aux terroristes, de foutoir aux anarchistes, de réservoir aux extrémistes, d’abattoir aux exorcistes, de séchoir aux affairistes, de dortoir aux opportunistes, d’abreuvoir aux occultistes, de déversoir aux moralistes, d’accoudoir aux arrivistes, de vidoir aux propagandistes, de bavoir aux alchimistes, de manoir aux putschistes et d’égrugeoir aux séparatistes.
La pauvreté, la famine, les épidémies, l’analphabétisme, l’insécurité, les cataclysmes (et j’en oublie volontairement des pires) sont devenus des produits d’appel pour certains pays africains et des primes à la fidélité pour les aumôniers.
On arpente, avec amis, femmes et enfants, les grandes allées mondaines des villes aux mille et une merveilles, on se pavane dans les palaces et hôtels luxueux, on fait du shopping dans les avenues chic et choc, on sirote quiètement le thé savoureux et le café langoureux des salons feutrés, on organise sommets, forums, tables rondes avec sur le cartable, bien en évidence, « Mon peuple est très pauvre et très endetté », et sur la gibecière fluorescente « Aidez-nous svp, 5 francs n’est pas peu, 5 000 francs n’est pas trop ! »
Et la communauté internationale contribue largement – si elle n’en est pas l’initiatrice – à la perpétuation de ce système immoral et amoral, à travers la création de multitudes d’ONGs, d’institutions, de projets et de programmes dont le budget de fonctionnement (coût des expatriés et des prestataires, achat et entretien de véhicules, déplacements et missions, etc) dépasse largement l’apport réel et direct aux populations censées être bénéficiaires de l’aide, dont certains dirigeants se payent même le luxe de détourner une bonne partie du peu qui reste dans l’assiette.
Au lieu de s’extirper du sous-développement, il faut toujours prouver qu’on est très pauvre (extrêmement pauvre, à la limite misérable), et qu’on est très endetté pour être dans les clous de la compréhension et de la compassion des bailleurs de fonds : plus d’aide, plus de subventions budgétaires, plus de prêts concessionnels… Tendre, continuer à tendre la sébile. Plus de servitude, de lassitude et de turpitude pour bénéficier de plus de mansuétude.
Voilà le modèle de « développement » choisi et mis en œuvre par beaucoup de pays africains qui, après six décennies d’indépendance politique (qui n’est qu’un leurre), revendiquent fièrement et durablement leur dépendance économique et financière à la générosité des puissances du monde pour qui les mots « travail » et « sérieux » ont un sens et un contenu.
Il faut donc être très clair. La responsabilité des Africains (des quatre points cardinaux) dans la situation désastreuse de leur continent est une réalité. Et ils doivent l’assumer, sans chercher à s’en dégager, ni en faire supporter le poids aux anciennes puissances coloniales, encore moins à une « main invisible ». Après une éternité de domination extérieure, les pays africains sont supposés être des États matures, «majeurs et vaccinés». Ils ont subi plus de 4 siècles d’esclavage et de colonisation, justifient d’au moins 160 ans d’expérience bancaire, revendiquent plus d’un demi-siècle d’indépendance et souffrent de trois décennies de cures d’austérité (programmes d’ajustement structurel) imposées, superposées et transposées dans un modèle économique ultralibéral, bancal, martial et, par finir, létal.
Si avec tout ce background, ils ne sont pas parvenus à acquérir et les outils indispensables à l’émergence de leur économie, alors il faut désespérer, envisager un « Afrexit », et les laisser définitivement sous tutelle.
