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Sénégal: le collectif non aux APE écrit à la délégation locale de l’UE

Suite à la conclusion des accords de l’APE entre la CEDEAO et l’Union Européenne, les réactions sont nombreuses. Dernière en date, la lettre adressée  à la délégation de l’Union Européenne à Dakar par le « Collectif non aux APE ». Intégrale.     Son Excellence Madame Dominique Dellicour, Ambassadeur et Chef de la Délégation de l’Union Européenne,…

Suite à la conclusion des accords de l’APE entre la CEDEAO et l’Union Européenne, les réactions sont nombreuses. Dernière en date, la lettre adressée  à la délégation de l’Union Européenne à Dakar par le « Collectif non aux APE ». Intégrale.

 

 

Son Excellence Madame Dominique Dellicour,
Ambassadeur et Chef de la Délégation de l’Union Européenne,
Dakar, le 23 Juillet 2014
Objet : Désaccord des citoyens sénégalais sur les « Accords de Partenariat Economique »
dits APE
Excellence,
L’heure est grave! Nous prenons la plume ce jour non pas pour exercer un quelconque talent de scribe mais bien  pour vous demander de nous édifier sur la problématique des Accords de Partenariat Economique communément  appelés APE et dénoncer aussi un attentat sans précédent qui ne dit pas son nom.
Quand l’Europe a jugé bon de faire la paix en son sein, elle a balkanisé notre cher continent au mépris des réalités  ethniques, sociales et économiques. Pour sauvegarder son intégrité territoriale pendant les deux grandes guerres,  la même Europe a encore fait appel sans vergogne à l’Afrique. Et après la dernière grande guerre, l’Europe devait  se reconstruire en s’unissant d’abord mais surtout en exploitant à foison les ressources humaines et du sous-sol de  l’Afrique pour financer son développement.
Depuis, l’Europe ne s’est pas convertie aux valeurs humanistes, démocratiques qu’elle prônait partout.  S’organisant toujours pour mieux préserver ses acquis et ceux de ses générations futures, votre Europe a organisé  lentement mais sûrement son essor au mépris des conséquences graves que cela pouvait avoir sur ses  « sujets d’outre-mer ». C’est ainsi que votre dernière trouvaille fût les Accords de Partenariat Economique qui  sonnent comme un glas pour nos économies déjà très fragiles.
En effet, ces APE que vous obligez nos Etats à signer, ont été dénoncés dans leur essence même par le  Parlement Européen. Nous en voulons pour preuve un document intitulé RAPPORT D’INFORMATION déposé par  la Délégation de l’Assemblée Nationale pour l’Union Européenne sur la négociation des Accords de Partenariat  Economique (APE) avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique ; et présenté par M. Jean-Claude  LEFORT, Député.

Nous en avons extrait les passages suivants qui ne militent pas en faveur d’une mise en œuvre  des APE :
 « un choc budgétaire, à la suite du démantèlement des droits de douane, qui affectera les ressources  des pays pauvres au sein desquels les tarifs à l’importation constituent, à ce stade de leur
développement, un optimum fiscal, tandis que les solutions de remplacement préconisées sont  irréalistes et consistent à taxer, de manière disproportionnée ou régressive, les entreprises ou les
ménages ;
 un choc sur la balance des paiements, imposant des ajustements sur les revenus, les prix intérieurs ou  les services sociaux existants qui seront d’autant plus brutaux que les taux de change des monnaies de  nos partenaires seront fixes ;
 un choc industriel, exposant les pays ACP à un risque de désindustrialisation, par la disparition du  réseau des petites et moyennes entreprises, lesquelles font vivre les familles qui veulent éduquer leurs venfants et contribuer ainsi à la mise en valeur du potentiel humain et économique de pays dont les vrichesses sont parfois pillées par des « hauts » personnages locaux ;
 un choc agricole, qui remettra en question la pérennité des agricultures vivrières de subsistance, dont l’existence et le développement constituent les conditions clefs du recul de la pauvreté dans des pays  majoritairement ruraux. »« Ainsi, lorsque le libre-échange est mis en œure, sans le moindre discernement, dans des pays qui ne sont pas en situation de force pour le supporter, car ils souffrent d’un déficit d’alimentation, d’éducation, de santé,  d’infrastructures, de technologies et d’épargne, l’avenir de leur population réside dans la survie dans une
« économie de souk », dans un exode rural réalisé dans les pires conditions et dans le départ, dans des  conditions effrayantes, des habitants les mieux formés et/ou en situation de désespoir vers l’Europe. Tous les  travaux de la CNUCED, du PNUD, de la FAO et de la Commission économique pour l’Afrique de l’ONU tendent à  le montrer. »
Deux questions fondamentales sont soulevées à la suite de ce qui précède :
En effet, la seule question qui vaille est : en quoi les APE aideront-ils l’Afrique subsaharienne à atteindre les  Objectifs du Millénaire pour le Développement adoptés par l’ONU en septembre 2000 ? En rien ! Alors que  certains d’entre eux ne seront réalisés, dans cette partie du monde, selon le PNUD, qu’avec un siècle de retard.  Pouvons-nous vraiment prendre la responsabilité de conduire l’Afrique, qui abritera, dans quelques années, le  plus grand nombre de personnes vivant avec moins de un dollar par jour, vers davantage de chaos, sous couvert  de respecter les règles de l’OMC ? Croit-on que ce chaos se limitera à l’Afrique, ce qui serait déjà  insupportable ? »
« D’autre part, la Commission s’est-elle jamais interrogée sur le fait de savoir pourquoi l’Afrique se positionne  constamment face à nous, à l’OMC ? Beaucoup répondront que le coupable se cache dans nos subventions  agricoles. Ce n’est qu’une partie de la vérité : nous sommes en train de nous aliéner définitivement nos partenaires  parce que nous négocions un cadre dans lequel nous nous engageons à maintenir l’accès de pays très pauvres à  notre marché, tout en leur disant qu’il faut maintenant qu’ils ouvrent les leurs sans restrictions réelles. On fait ainsi
monter sur un même ring un poids plume et un poids lourd, et on voudrait que l’on nous saute au cou ? »
En plus de toutes les conséquences légitimes relevées par le Parlement Européen, nous pouvons ajouter que ces  APE ne favoriseront même pas à terme les économies européennes. Nos économies ne pouvant plus supporter les  importations massives et subventionnées de l’Union Européenne, cela entrainera la disparition des PME et donc  de la classe moyenne et il s’ensuivra de facto une implosion du pouvoir d’achat des 300 millions de  consommateurs sur lesquels vous comptez pour vous aider à sortir de la crise que vous traversez.
A cela il faudra assumer un flux migratoire exponentiel que vous ne pourrez pas gérer et la disparition totale de la  force vitale de sociétés entières qui auraient pu être vos alliés pour combattre enfin les effets « boule de neige »  de vos économies moribondes. Rappelez-vous que nous sommes désormais dans un monde où tout est lié et que  les actions positives ou destructrices des uns affectent nécessairement tout le monde et même leurs initiateurs.
Par conséquent, il va sans dire que la meilleure option qui vous reste consiste à doter les ACP de moyens réels  pour soutenir et développer leurs économies pour en faire des partenaires à part entière susceptibles de créer des  effets de levier positifs pour nos économies respectives.
Enfin, nous disons NON de la manière la plus forte à la signature des APE par nos Etats et nous comptons sur votre  bonne lecture de ce qui précède car nous sommes prêts à donner notre vie pour éviter d’être encore tenus comme  des otages.
Dans l’attente d’une réaction progressiste et humaniste, nous vous prions, Excellence, de recevoir l’expression de  notre considération distinguée.
Le Collectif « Non aux APE »

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