L’Occident pris à son propre jeu
Le résultat officiel du référendum organisé en Crimée le 16 mars est sans appel. Cette petite république autonome, ex péninsule ottomane jusqu’à la fin du 18e siècle, donnée en cadeau à l’Ukraine par Nikita Khrouchtchev, un jour de 1954, est revenu à la mère-patrie par un vote soviétique de 97%.
Adama Wade
Le procédé usité pour rétrocéder l’enclave ou l’esclave russe comme le dit si joliment l’essayiste Andrei Gratchev est contestable sans doute. Kiev qui a chassé son président pro-russe, Viktor Lanoukovitch, au terme d’un soulèvement populaire (renversement anti-constitutionnel?) encouragé par les gouvernements et les médias de l’Occident s’est vue, en réplique, imposé un agenda référendaire sur une partie de son territoire avec le soutien actif de troupes russes sans insigne.
Qu’elle qu’en soit l’issue, cette crise ukrainienne met en lumière la dualité du droit international à travers deux de ses principes fondamentaux: le droit des peuples à l’autodétermination, qui ouvre une fenêtre sur l’ingérence humanitaire, et l’intégrité territoriale consacrée par la non ingérence et, en fait, la souveraineté de l’Etat sur le droit des peuples.
Or, depuis la chute du mur de Berlin en 1989, ces deux principes sont en conflit. Tant au Kosovo qu’en Crimée, en passant par Mayotte, l’Erythrée, le Timor, le Sud Soudan, il y a eu à chaque fois un vote référendaire contesté par l’Etat amputé et approuvé ou rejeté à l’international en fonction des intérêts du moment. Depuis 2000, l’Otan et les pays occidentaux (USA, Grande Bretagne, France) sont souvent intervenus (Irak, Libye, Syrie) sous le prétexte et la nécessité de préserver les droits humains.
Dans ce cadre du messianisme droit de l’hommien, comment soutenir un putsch militaire contre un président élu à la place Tahrir et punir un pouvoir place Maidan au nom de cette démocratie foulé aux pieds des pyramides?
Ces ambiguïtés des rapports entre l’Occident, les droits de l’homme, les dictatures amies et les ressources minières et gazières, ne favorisent pas la sérénité du débat au sein des instances internationales (ONU et G20), le G8 sans la Russie étant, quant à lui, la boite de résonance de cet unilatéralisme etanusien qui rappelle la SDN de la fin des années 30 dans son impuissance à faire respecter la ligne Oder Neisse.