Il est à l’Algérie, ce que ne sera jamais le centrafricain Bokassa pour l’Afrique ou le haïtien Duvalier pour les Caraïbes: un modèle. Tout de sobriété, ce fils de paysan, plus patriote que nationaliste, incarne l’engagement selon la conception de Jean Paul Sartres. Par les armes et la plume. Sa posture révolutionnaire tout au long de son cheminement à Tunis et au Caire puis à Alger est aux antipodes de la description, scandaleuse, que Le Che Guevera fera de Kabila père dans le maquis tropical.
Après avoir renversé Ben Bella en 1965, Boumediene accède à la magistrature suprême d’une Algérie qui s’est libérée par les armes trois ans plutôt et où les diatribes révolutionnaires se mélangeaient encore aux cliquetis des armes. L’Algérie doit deux choses au fellah: la fermeture de la base militaire française d’Oran en 1968 et la nationalisation du secteur des hydrocarbures en 1971. Deux années plus tard, en 1973, Boumedienne organise le sommet des non alignés. En cette année là, la diplomatie algérienne avait atteint son appogée. Les révolutionnaires du monde entier se succédaient dans cette capitale du tiers mondisme.
En 1974, Boumedienne fera une intervention mémorable sur les matières premières à la tribune de l’ONU. Dans la foulée, il accueillera à Alger une réunion de l’OPEP avec toujours cet anti-impérialisme à fleur de peau comme viatique.
Les circonstances de sa mort restent à ce jour inconnues. Tumeur, empoisonnement au thallium par les services secrets irakiens, irradiation fatale via le flash d’un appareil photo du Mossad ? Le mystère demeure. Boumedienne est parti la tête haute. Son dernier fait d’arme ? Celui d’avoir houspillé son petit frère venu lui rendre visite à Moscou où il se soignait avec un billet d’avion payé sur les deniers publics. «Qu’on le retienne de mon salaire», aurait-il déclaré.
Ainsi s’en est allée, à 46 ans, la légende du caroubier, le 27 décembre 1978, après trois mois de rumeurs. Trois mois durant lesquels Alger la rebelle était recouverte d’une chape de plomb.



