Sur le continent africain, la semaine du 4 au 10 août, a reconduit les rapports de force. Les hiérarchies, impitoyables, décrivent des marchés financiers souvent en mal de liquidités et … de réformes courageuses.
Dans cet immobilisme, Johannesburg (JSE), mastodonte à plus de 1 230 milliards USD, reste l’Amazonas boursier : 8 à 10 milliards USD échangés chaque semaine, des volumes que la plupart des places ne voient pas en un trimestre. Casablanca, 70 milliards USD, troisième derrière l’Égypte, continue d’aimanter institutionnels et chasseurs d’alpha confrontée aux limites d’un marché encore trop national. Le Nigeria (60 milliards USD) reste incontournable, mais concentré sur quelques gros poissons – pour le reste, la mare est calme.
Le Kenya dépasse 18 milliards USD, dopé par une réforme qui permet d’acheter une action à l’unité : de quoi enfin laisser entrer le petit porteur, que l’on maintenait jusque-là derrière la vitre. Le Ghana, lui, fait sauter la banque : +94,55 % en dollars depuis janvier, un triplement en deux ans, façon fusée SpaceX… espérons qu’il y ait un parachute. La BRVM plafonne à 13 milliards USD, coincée entre prudence pré-électorale et manque de profondeur, même si la titrisation multidevise de NSIA Banque CI (82 millions USD) prouve qu’on peut encore surprendre.
La semaine en chiffres
- JSE (+3,18 %, YTD +19,93 %) : regain sur les financières ; Nedbank continue son “je pars… mais pas encore” d’Ecobank. Shoprite se débarrasse du Ghana et du Malawi pour se recentrer.
- Casablanca : progression à pas feutrés, capitalisation figée à 70 milliards USD.
- Nigeria (+3,18 %, YTD +41,61 %) : assurantiels en transe (Mutual Benefits +60,44 %), BUA Foods et Dangote cimentent la hausse ; MTN dévisse (-4,17 %).
- Kenya (+1,41 %, YTD +30,54 %) : réforme historique, porte ouverte aux petits capitaux.
- Ghana (+5,60 %, YTD +94,55 % USD) : rallye post-baisse de taux (-300 bps), MTN Ghana +10,70 %.
- BRVM (-0,44 %, YTD +12,93 %) : Alios Finance +31,40 %, Vivo Energy CI +9,66 %, mais CIE et SETAO tirent vers le fond.
Hors radar, le Malawi reste le miracle statistique (+8,25 % sur la semaine, +147,35 % YTD), pendant que l’Algérie gonfle sa capitalisation de 43 % en six mois, sans que l’on sache encore si c’est la marée montante… ou un simple coup de vent.
La liquidité, nerf du fleuve
Réduire les coûts de transaction, voilà le test de vérité. Les places qui s’y résoudront verront affluer volume et liquidité. Les autres resteront des rivières de saison sèche : elles garderont leurs courtiers rentiers, mais perdront leurs poissons au profit de bassins plus profonds.
En Bourse, ce n’est pas la rumeur qui crée la valeur, c’est l’information. Même s’ils sont des éléments qui décrivent le passé (surtout s’ils sont publiés trois à 6 mois après l’exercice) les bilans sont la boussole des marchés, et le dividende, l’info suprême : le signal que l’argent est là, pas seulement sur le papier. Une envolée sans corrélatif fondamental ? Cela s’appelle du poker, pas de la finance. Or, combien d’entreprises africaines publient encore leurs résultats ? Trop peu.

