Envoyé spécial aux AAM2025 – Abuja
Dans une salle comble du Transcorp Hilton à Abuja, au cœur des 32èmes Assemblées Annuelles de l’Afreximbank, Jason Miller, ancien stratège de communication de Donald Trump, a livré une vision tranchée – parfois dérangeante, souvent percutante – des relations futures entre l’Afrique et les États-Unis. Ce n’était ni une allocution diplomatique ni un discours convenu, mais une profession de foi politique teintée d’une stratégie commerciale assumée : pour Miller, l’heure n’est plus aux promesses, mais aux partenariats.
L’ancien conseiller de Trump commence par tracer les contours d’un continent en plein décollage. D’ici 2050, l’Afrique dépassera l’Europe pour devenir le troisième bloc économique mondial. En 2100, quatre des dix pays les plus peuplés de la planète seront subsahariens. « C’est le siècle de l’Afrique », affirme-t-il. Mais il avertit aussitôt : sans choix stratégiques clairs, ce potentiel pourrait être à nouveau dilapidé par des acteurs extérieurs aux intentions douteuses.
Sans les nommer directement, Miller s’en prend frontalement aux décennies d’engagements non tenus, d’extractions de ressources et de « diplomatie de la dette ». À la Chine ? L’allusion est transparente. Aux institutions financières internationales ? Probablement aussi. Dans cette fresque géopolitique qu’il esquisse, les États-Unis se présentent comme le partenaire du réalisme, de l’investissement privé et du respect mutuel.
Trois piliers structurent son message aux leaders africains :
- Des investissements concrets, pas de l’aide conditionnée.
Miller exhorte les États africains à préférer les IDE aux prêts concessionnels. Il parle de routes, de ports, de centres de données, d’énergie propre et de minéraux critiques comme leviers d’une nouvelle révolution industrielle centrée sur l’IA. - Des réformes de fond.
Stabilité monétaire, transparence contractuelle, lutte contre la corruption : ce sont les « droits d’entrée » pour espérer attirer les géants de la finance américaine comme BlackRock ou CalPERS. À ce titre, il salue les réformes « courageuses » menées au Nigeria. - Des alliances choisies.
Miller oppose la présence américaine à celle de Pékin. D’un côté, PEPFAR, la lutte contre le terrorisme et la médiation diplomatique ; de l’autre, « pêche illégale, catastrophes écologiques et pièges de la dette ». Le message est limpide : les partenariats se mesurent à leurs actes, pas à leurs slogans.
AGOA, DFC, Trump : la boîte à outils stratégique
Face à l’incertitude autour du renouvellement de l’AGOA, prévu pour septembre 2025, Miller plaide pour une refondation fondée sur la réciprocité. Pourquoi, demande-t-il, maintenir des avantages unilatéraux à des partenaires qui taxent les produits américains ou signent massivement avec la Chine ? Le message est clair : l’Afrique doit mettre cartes sur table, projet contre projet.
Il défend également les tarifs douaniers de l’ère Trump comme leviers de souveraineté économique, et vante le rôle stratégique de la Development Finance Corporation (DFC), bras financier du gouvernement américain pour des investissements rentables – et non pas des prêts toxiques. Parmi les exemples cités : le corridor de Lobito ou les investissements dans le gaz naturel au Mozambique.
Conseils aux dirigeants africains : soyez prêts, soyez directs
Dans un style très « dealmaker », Miller livre une série de recommandations presque brutes aux chefs d’État et ministres présents :
- Préparez vos rencontres avec Trump en suivant son compte Truth Social.
- Oubliez les séances photo : venez avec des demandes concrètes et des arguments chiffrés.
- Faites comme l’Arabie Saoudite ou les Émirats : avancez avec des projets solides, et vous aurez les honneurs présidentiels.
- Mobilisez les CEOs, pas seulement les ambassadeurs.
Dernier acte : un conseiller stratégique de plus pour l’Afrique ?
La séance se clôt sur une annonce : Miller rejoint Gateway Partners comme conseiller stratégique senior. Une nomination qui ne doit rien au hasard. Le message implicite est fort : il compte être un vecteur de capitaux américains vers l’Afrique. Et son mot de la fin en dit long :
« Ne vous contentez pas de discours. Exigez des partenariats. C’est ainsi que l’Afrique deviendra puissante, riche et souveraine. À ses conditions. »
Cette intervention signe peut-être une nouvelle ère des relations transatlantiques – où le partenariat remplace la rhétorique, où l’investissement privé prime sur l’aide publique, et où l’Afrique n’a plus à choisir entre deux puissances, mais entre deux modèles. À condition, toutefois, d’être stratège, réformiste, et sans naïveté.

