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Abbas Mahamat Tolli : “La BAD n’a jamais eu de président issu de l’Afrique centrale”

Le financier tchadien Abbas Mahamat Tolli vient d’être adoubé par les chefs d’Etat de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) comme candidat à la présidence de la Banque Africaine de Développement (BAD). Voici ses impressions dans un entretien exclusif à lire aussi dans le mensuel Financial Afrik numéro 108. La CEEAC vous…

Le financier tchadien Abbas Mahamat Tolli vient d’être adoubé par les chefs d’Etat de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) comme candidat à la présidence de la Banque Africaine de Développement (BAD). Voici ses impressions dans un entretien exclusif à lire aussi dans le mensuel Financial Afrik numéro 108.


La CEEAC vous a désigné comme candidat pour la présidence de la BAD. Pourquoi les chefs d’Etat ont porté leur choix sur vous ?

Tout d’abord, je tiens à exprimer ma profonde gratitude envers les chefs d’État de la CEEAC pour avoir choisi ma candidature à la Banque Africaine de Développement. A un an des élections, leur soutien est essentiel, et je suis honoré de leur confiance et je les en remercie sincèrement.

Depuis plusieurs mois, j’ai reçu le soutien de nombreux acteurs économiques et experts de renom, en Afrique ainsi qu’aux Etats-Unis et en France. Tous ceux que j’ai consultés avant de me porter officiellement candidat ont cru en ma capacité à insuffler une nouvelle dynamique à la BAD et m’ont donc vivement encouragé à faire acte de candidature.

Mes expériences passées m’ont profondément enrichi et élargi ma perspective sur les problématiques de développement. Ayant occupé les postes de gouverneur de la BEAC, de Secrétaire Général de la commission Bancaire de l’Afrique Centrale, de président de la BDEAC et de ministre des finances puis des infrastructures au Tchad, je me sens naturellement prêt à diriger une institution financière multinationale telle que la BAD. J’ai pour ambition de mettre en œuvre ma vision audacieuse pour l’Afrique, axée sur l’Humain, l’environnement et la croissance économique durable et inclusive. C’est cette vision qui a su rassembler le soutien des chefs d’État de la CEEAC partageant ces mêmes valeurs.

Je tiens également à souligner que la BAD n’a encore jamais été dirigée par un président issu de l’Afrique centrale. C’est un aspect important pour assurer une représentativité adéquate de l’Afrique au sein de l’institution. Cela renforce ma détermination à saisir cette opportunité historique. Élu président de la BAD, je m’engagerai à servir naturellement l’ensemble des Africains tout en représentant dignement la diversité et les spécificités de notre continent.

Qu’est-ce qui motive votre candidature et pourquoi maintenant ?


Plusieurs facteurs motivent ma candidature. Tous convergent vers un objectif commun : accélérer le développement durable et inclusif de l’Afrique. La décision de me porter candidat s’inscrit dans la continuité de mes mandats précédents ci-avant rappelés, notamment à la tête de la BEAC et de la BDEAC. Mes bilans à la tête de ces institutions sont positifs, notamment en termes de stabilité économique et de développement régional. Je suis convaincu de pouvoir mettre à profit mon expertise et mon engagement pour renforcer les acquis positifs nombreux de la BAD et mobiliser de nouvelles ressources pour l’éducation, l’emploi des jeunes et la transformation locale des matières premières par exemple.

Le moment actuel sur fond des tensions géopolitiques et géostratégique est crucial pour l’Afrique. Avec des défis majeurs tels que les crises économiques, les conflits géopolitiques et les enjeux environnementaux, il est impératif de disposer d’un leadership fort et crédible à la tête de la BAD pour mobiliser plus de ressources et accroître le développement accéléré de notre continent tout en renforçant la crédibilité et la solidité financière de la BAD ce qui suppose la mise œuvre des réformes audacieuses . Malgré les nombreux défis auxquels le continent est confronté, le potentiel de l’Afrique est immense. Je suis prêt à entraîner avec moi tous ceux qui souhaitent activer ce potentiel.

Quel bilan tangible peut-on tirer de votre mission à la tête de la BEAC?

Durant mon mandat à la tête de la BEAC, nous avons fait face à de nombreux chocs extérieurs, mais malgré cela, nous avons réalisé des progrès significatifs dans plusieurs domaines essentiels. Nous avons travaillé à renforcer la soutenabilité de notre monnaie commune et du système financier, en prenant des mesures pour faire face à la chute des cours des matières premières. En réponse à la crise sanitaire, nous avons mis en place des mesures d’assouplissement, réduit les taux d’intérêt et injecté des liquidités sur le marché pour soutenir l’économie régionale. De plus, pour contrer l’inflation liée à la guerre en Ukraine, nous avons ajusté notre politique monétaire de manière appropriée.

Ces actions ont contribué à relancer la croissance économique, atteignant 2,2% en 2023 et prévoyant d’atteindre 3% en 2024. Nous avons également renforcé notre politique de change grâce à une réforme majeure du dispositif de régulation des changes, ce qui a permis d’améliorer notre soutenabilité extérieure. La réforme a également renforcé la transparence des flux financiers entrants et sortants. De plus, nous avons revu de manière significative le cadre stratégique, institutionnel et opérationnel de notre politique monétaire, ce qui a permis une meilleure transmission de celle-ci au secteur réel.

En outre, nous avons rationalisé le marché boursier en unifiant des sociétés de bourses inopérantes et mal régulées sous la supervision d’un seul régulateur, la COSUMAF, avec un dépositaire unique temporairement assuré par la BEAC. En ce qui concerne la performance de la Banque, nous sommes passés d’un déficit structurel de 50 milliards à un excédent positif d’environ 320 milliards en 2023. Voilà en résumé les réformes les plus importantes mises en œuvre durant mon mandat à la tête de la Banque Centrale.

Quelles sont les réformes prioritaires si vous étiez élu à la tête de la BAD ?

En tant que nouveau président de la BAD, mon objectif principal est de mettre en œuvre des réformes et des mesures essentielles pour propulser l’Afrique vers un développement rapide, durable et inclusif. Une vision stratégique se dessine, plaçant au cœur de ses préoccupations l’homme, l’environnement et la croissance économique durable.

Le renforcement du capital humain est crucial. Il est impératif d’instaurer une gouvernance transparente et responsable à tous les niveaux. Je m’engage à promouvoir d’importants investissements dans le secteur de l’éducation afin de garantir un accès équitable à une formation de qualité, adaptée aux besoins du marché du travail. Les politiques visant à relever les défis du chômage des jeunes sont d’une importance capitale pour contrer l’exode massif des jeunes africains risquant leur vie dans le désert ou en mer. Une transformation économique est nécessaire, tout comme la création de chaînes de valeurs pour une meilleure intégration dans l’économie mondiale et la génération d’opportunités économiques locales pour lutter contre le chômage des jeunes.

L’impact du changement climatique doit également être pris en considération à tous les niveaux. Il est crucial de renforcer la résilience du continent face aux défis actuels et à venir. Des investissements dans des infrastructures adaptées sont nécessaires pour promouvoir des pratiques agricoles durables et soutenir des initiatives visant à atténuer les effets néfastes sur les populations vulnérables. Je m’engage notamment à protéger le lac Tchad, un écosystème vital pour la région.

Enfin, je considère le commerce comme un levier crucial pour stimuler la croissance économique et favoriser l’intégration régionale. La Zlecaf représente une opportunité majeure pour accroître les échanges commerciaux en Afrique. En collaboration avec la Commission de l’Union Africaine et les institutions du continent, je m’efforcerai de réduire les obstacles financiers et technologiques qui entravent les échanges commerciaux. En investissant dans les infrastructures de transport et en facilitant le commerce entre les pays africains grâce à l’accélération de la mise en place de plateformes techniques de paiement et de règlement, je cherche à encourager la mise en place de politiques favorables aux échanges commerciaux.

Quels seront les rapports de la BAD avec des institutions de développement telles que la Banque Mondiale et la Banque Islamique de Développement sous votre direction ?

Sous ma présidence, la BAD maintiendra des relations solides et collaboratives avec les banques multilatérales de développement telles que la Banque Mondiale et la Banque Islamique de Développement, la BEI etc. Nous allons favoriser une convergence stratégique avec ces partenaires pour coordonner nos efforts et maximiser l’efficacité de nos interventions. Ensemble, nous travaillerons à identifier les synergies et les complémentarités entre nos programmes et à mobiliser des ressources supplémentaires pour soutenir le développement de l’Afrique. En promouvant une coopération constructive et une vision commune, nous pourrons relever les défis complexes auxquels notre continent est confronté et ouvrir la voie à un avenir plus prospère pour tous.

 Au-delà, je crois qu’il faut chercher des synergies semblables avec les institutions financières privées pour accroître le financement des projets prioritaires et leur impact sur la vie des africains.


Propos recueillis par Adama Wade

Financial Afrik Premium