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Interview exclusive avec Aissa Kabo, représentante résidente de la commission de l’Uemoa au Sénégal

« L’Uemoa a été sollicitée par le secrétariat de la Zlecaf pour partager son expérience et accompagner les Etats » Les enjeux et défis de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) étaient au menu d’un atelier de renforcement des capacités des journalistes économiques de…

Aissa Kabo, représentante-résidente de la commission de l’Uemoa au Sénégal

« L’Uemoa a été sollicitée par le secrétariat de la Zlecaf pour partager son expérience et accompagner les Etats »

Les enjeux et défis de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) étaient au menu d’un atelier de renforcement des capacités des journalistes économiques de l’espace Uemoa organisé par la Commission. En marge de la rencontre tenue le 18 septembre à Saly, au sud de Dakar, Aissa Kabo, représentante résidente de la commission de l’Uemoa au Sénégal, est revenue sur l’implication de la commission dans ce projet continental au micro de Financial Afrik. Entretien…


Quels sont les pays de l’Union qui ont déjà ratifié le projet de la Zone de libre-échange continentale africaine ? Et quelle est la stratégie de l’Union pour contribuer à l’opérationnalisation de la Zlecaf ?

Au niveau du secrétariat général de la Zone de libre-échange continentale, la Commission de l’Uemoa a été invitée à partager son expérience, et mettre en place un plan d’action pour accompagner les Etats. Lors de ces travaux, la Commission a présenté les acquis au niveau de l’Uemoa, notamment en matière de libre échange, d’union douanière, et d’union économique et monétaire. A ce jour, l’accord de la Zlecaf a été ratifié par sept pays de l’Uemoa sur les huit. Seul le Bénin n’a pas ratifié l’accord. L’engagement entre les Etats et l’Union africaine a été un engagement direct depuis le début de la mise en place de ce projet continental. Les pays africains sont allés individuellement signer l’accord. Il était question que les Etats opérationnalisent l’accord, prennent les dispositions pour respecter les engagements qui sont dans la Convention. Certains Etats ont adopté des stratégies nationales de mise en œuvre de la Zlecaf, d’autres ne l’ont pas fait.

Les Etats de l’Union se sont rendu compte qu’ils avaient des difficultés de mise en œuvre. Ces derniers sont revenus vers l’Uemoa solliciter un accompagnement. Une question était déjà en cours de réflexion au sein de la commission, celle de voir comment rapidement rattraper le fait qu’on n’ait pas eu un consensus initial avant que les Etats ne signent l’accord. La Commission a convoqué les Etats, nous avons abordé trois volets. Notamment, un diagnostic des stratégies nationales, et nous avons partagé avec les autres Etats ce qui peut être conceptualisé, ou encore mutualisé. Deuxième point, nous avons pris connaissance des réels besoins des Etats en termes d’accompagnement. Ensuite, nous avons mis en place et adopté un plan d’action qui prend en charge les questions relatives au secteur privé. Dans ce plan d’action, il est prévu une stratégie d’accompagnement, en termes de formation, d’information, de sensibilisation. Enfin, les Etats ont également demandé d’être accompagnés dans l’élaboration et le suivi des projets, la mobilisation de ressources et la diversification de leurs partenaires africains.


Quels sont les enjeux de l’Uemoa vis-à-vis de la Zlecaf ?

Au niveau de l’Uemoa, nous avons des politiques sectorielles qui ont pour but de rendre notre secteur privé plus compétitif. Notamment une politique agricole, laquelle devrait permettre à la région d’exploiter ses propres ressources, de fournir au secteur industriel les intrants nécessaires à une transformation alimentaire, pharmaceutique, et cela devrait contribuer à développer le secteur tertiaire, les échanges, les banques, les assurances, parce qu’il y aura une création de richesse, ce qui permettra au secteur privé de s’appuyer sur l’Union pour pouvoir être plus performant.

Nous sommes en train de mettre en place dans notre dernier document de stratégie les pôles énergétiques qui vont assurer la libre circulation de l’énergie dans les différents pays. La commission est également en train de mettre en place des chaînes de valeur, en ce sens que si un produit est plus compétitif dans le pays de l’Union, les autres pays peuvent converger leurs productions dans ce pays, exploiter, et créer des champions. Au regard de ces enjeux, nous voulons être accompagnés par les Etats, les populations et le secteur privé. C’est pour cette raison que nous faisons appel aux hommes et femmes de médias pour une meilleure sensibilisation sur tout ce que l’Uemoa est en train de faire.


Quels sont les défis auxquels la commission est confrontée en ce qui concerne la Zlecaf ?

Les défis sont nombreux. Nous sommes une institution qui n’a que 30 ans. Nous avons une population jeune, cette jeunesse est à la fois une opportunité et un défi, parce qu’il faut la nourrir, la soigner, l’éduquer. Au niveau de la zone, il y a la difficulté d’application de certains de nos textes, comme ceux qui sont liés à la zone de libre-échange. Il y a également les difficultés relatives à la mobilisation des ressources et c’est pour ça que nous travaillons beaucoup sur cet aspect.

Et le dernier défi, qui n’est pas des moindres, c’est la sécurité dans la zone. Nous sommes huit pays dont trois sont enclavés, et ces derniers font régulièrement l’objet d’attaques terroristes. Donc, on ne peut pas faire de développement dans certaines zones. Ce sont des pays très vastes, et implémenter des projets de développement dans ces zones commence à être difficile.


L’Uemoa a été sollicitée par le secrétariat général de Zlecaf pour avoir fait ses preuves en terme d’intégration. Mais en même temps, quelques bavures sont souvent signalées au niveau des frontières de l’union. Quelles stratégies aujourd’hui pour mettre fin à ces pratiques ?

Le cas des prélèvements illicites signalés au niveau des frontières de l’Union plombe le commerce. Ce sont des coûts supplémentaires qui peuvent entraver la libre circulation des biens et des personnes. Il y a certes des textes à caractère normatif. La Commission de l’Uemoa mène également plusieurs actions. Notamment des caravanes de gens incognito qui circulent le long des frontières pour apprécier ces entraves. Ensuite, nous avons un instrument que nous avons mis en place comme observatoire des pratiques anormales, un système par lequel les transporteurs eux-mêmes rédigent au fur et à mesure des notes sur ces entraves. Les informations recueillies sont remontées au niveau national, puis au niveau de la Commission. Ensuite, on fait des rapports pour les autorités du pays concerné. Il y a des dispositions qui sont prises dans le cas des corridors que nous avons bien identifiés sur lesquels nous agissons.

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