Financial Afrik a échangé avec Kodjo Atati, le souscripteur régional de l’Assurance pour le développement du commerce et des investissements en Afrique (ATIDI), anciennement connue sous le nom de l’Agence pour l’assurance du commerce en Afrique (ACA), chargé des pays francophones de l’UEMOA et de l’espace CEMAC. Il évoque, entre autres, les réalisations de l’ATIDI, les chantiers en cours ainsi que les perspectives de l’institution qui a tenu sa 23e assemblée générale annuelle en juillet dernier à Kigali, au Rwanda.
Quel rôle joue votre institution dans le développement le commerce africain ?
Notre institution a procédé au changement de dénomination, à un rebranding. Nous étions connus sous le nom de l’Agence du commerce pour l’assurance en Afrique (ACA). Aujourd’hui, c’est l’Assurance pour le commerce et le développement des investissements en Afrique (ATIDI). Notre rôle, c’est de promouvoir le commerce en Afrique. Des études ont prouvé que le volume global du commerce de l’Afrique par rapport aux autres continents est très faible, il faut donc développer le commerce. Pour développer le commerce, il faut couvrir le risque crédit et c’est ce que nous faisons. Nous couvrons le risque crédit, nous facilitons l’accès au crédit pour les facilités bancaires aux opérateurs économiques africains. Nous facilitons également le crédit aux gouvernements qui sont membres de notre institution.
Le deuxième volet de notre mandat, c’est de promouvoir l’investissement. Sous cet angle, les études ont aussi prouvé que l’obstacle à l’investissement direct étranger dans les Etats membres, c’est le risque politique. En Afrique, il n’y a pas une institution spécialisée pour la couverture de ce risque. D’où notre création pour la couverture de ce risque et briser cet obstacle qui freine l’investissement direct étranger en Afrique et pour soutenir nos Etats à attirer beaucoup plus d’investissement direct en Afrique. . Sous le couvert de risque politique, on entend les risques de rupture unilatérale de contrat par le gouvernement, le risque de retrait unilatéral de la licence d’exploitation, des risques d’inconvertibilité de la monnaie locale, de guerre ou de trouble civile.
Combien de pays sont-ils membres et quels sont les avantages en adhérant à ce mécanisme ?
Aujourd’hui, nous avons 21 pays membres. En dehors des pays membres, on a des institutions notamment la BAD, Africa-Re, COMESA, TDB et ZeP-Re, SACE SIMEST, UK Export Finance, et le ministère des Finances de l’Inde. Il y a d’autres pays qui sont en train d’achever le processus d’adhésion sur le plan administratif.
Nous avons une panoplie d’avantage que ces pays tirent de leur adhésion. Notre institution est un catalyseur qui facilite l’accès au crédit, non seulement aux entités du gouvernement, en tant qu’entité souveraine, mais nous facilitons aussi l’accès au crédit aux opérateurs économiques. Le crédit, c’est là où se trouvent beaucoup plus de problème. Un porteur de projet a besoin de crédit pour la réalisation de son projet. Le gouvernement en tant qu’entité souveraine a également besoin de ressources pour la réalisation de ses infrastructures. Donc, nous facilitons cet accès. Comment nous le faisons ? Nous sommes en discussions avec les institutions bancaires sur le plan local et international pour faciliter cet accès. Ce qui est encore avantageux, nous sommes une institution notée A avec perspective stable par Sandard & Poor et A+ avec perspective positive par Moody’s. Eu égard à notre notation crédit, cela permet non seulement au gouvernement d’accéder au crédit, mais d’accéder à ces ressources à moindre coût parce que les institutions qui accordent le crédit se basent sur notre rating pour accorder ces facilités au gouvernement et aux opérateurs économiques. Ce rating assez élevé permet au gouvernement et au secteur privé de lever des fonds au niveau local et à l’international à moindre coût.
L’autre bénéfice que les Etats africains tirent de leur adhésion à l’ATIDI, c’est quand ces Etats, auparavant, pour se voir accorder de telles facilités, les institutions financières leur demandent d’émettre des garanties souveraines. Et tout le monde sait que cette garantie souveraine est enfermée dans des restrictions par le Fonds monétaire international (FMI), puisqu’émettre une garantie souveraine s’ajoute à la dette nationale de l’Etat en question. Ceux qui ont adhéré à notre institution ont vu la preuve : nous leur avons soutenu dans les projets de réalisation des routes, des aéroports, etc.
A combien peut-on estimer la valeur des transactions et projets couverts depuis la création de l’ACA ?
Au 31 décembre 2022, le total des transactions couvertes depuis la création de l’institution s’élève à 87 milliards de dollars. L’année 2023 n’est pas encore ajoutée.
Quand il y a risque, il y a également des opportunités. C‘est dans les moments difficiles que les génies se révèlent. Nous avons été créées pour soutenir nos Etats. Quand il y a conflit dans un Etat, c’est ce que nous ne souhaitons pas, nous ne fuyons pas non plus le pays lorsqu’il est en difficulté. Mais nous travaillons de concert avec le gouvernement légitime qui gère ce conflit jusqu’à ce qu’on arrive à une situation d’apaisement général. Nous ne sommes pas une institution politique, nous suivons plutôt les directives de l’Union africaine par rapport à la question du conflit. Nous suivons les directives de la CEDEAO par rapport au pays en conflit. Généralement quand il y a des conflits, il y a des directives internationales qui nous orientent. Nous même nous rentrons quelques fois en contact avec le gouvernement en question pour avoir une sortie rapide de la crise.
Pour les pays qui font défaut, ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’Afrique. L’information se propage à l’international. Mais avec notre couverture, nous rentrons en discussion avec ce pays. Et on trouve une solution de sortie.
Quels sont les principaux actionnaires de l’ACA et quel est leur apport dans la transformation structurelle des économies africaines ?
Cameroun, RDC, Burundi, Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria, Niger, le Benin, le Togo, le Sénégal, la Centrafrique, Kenya, Ouganda, Tanzanie, Zambie, Zimbabwé, Ethiopie. Au total, ce sont 21 pays. Pour la transformation structurelle, c’est ce que je disais tantôt.
L’Afrique a décidé de prendre son destin en main en créant la ZLECAF, le PAPSS et certains instruments susceptibles de rattraper son retard dans le développement économique. Quel pourrait être l’appui complémentaire de l’ATIDI dans la réalisation de ces défis ?
La Zlecaf est une initiative géniale entreprise par les Etats africains. C’est une initiative à encourager. Si elle est implémentée, elle va permettre réellement le développement de l’Afrique. ATIDI est au centre de l’implémentation de cette initiative. Quand on parle du commerce intra africain, ça veut dire par exemple que la Côte d’Ivoire peut vendre ses biens et services au Togo. Et vice versa. Pour ce faire, il faut des mécanismes pour créer cette confiance-là. Si un opérateur économique qui vend les biens et services à un autre opérateur économique africain à crédit, il faut un instrument qui se tient entre les deux. Que si l’acheteur ivoirien ne paye pas aux vendeurs togolais, moi en tant qu’institution, je rembourse. Notre institution a pleinement ce rôle à jouer en facilitant le dialogue entre les acteurs économiques Aussi pour le commerce, on a besoin de ressources, on a besoin de crédit bancaire, donc nous facilitons également ce dialogue entre le fournisseur ou l’opérateur économique et sa banque. Même les PME ne sont pas à négliger parce que ce sont elles qui font l’économie de nos pays. Nous avons un produit dédié pour soutenir des PME pour faciliter leur accès aux produits bancaires. Un gouvernement qui accorde des facilités à un autre et a des soucis par rapport au respect de l’engagement de l’autre gouvernement, nous pouvons aussi entrer dans ce dialogue là et faciliter la réalisation de ce projet. Sur le plan de la ZLECAF, nous sommes en discussions avec nos partenaires y compris ceux qui travaillent pour son opérationnalisation pour l’implémentation de cette initiative qui est noble et va créer beaucoup d’emploi pour les jeunes qui terminent leur étude et reste sans travail. Elle va propulser l’Afrique à une dimension beaucoup plus élevée que celle que nous vivons actuellement.
Quels sont les grands chantiers tenus aujourd’hui par votre institution qui vont faire bouger les lignes en 2023-2024 ?
Nous avons plusieurs chantiers. D’abord, on a un chantier de digitalisation et d’automatisation de notre système est en cours ; nous avons adopté aussi le reporting financier international. Il y a déjà une partie qui a démarré et l’autre partie verra son implémentation dans les années à venir. Notre vision, d’une façon générale, c’est d’être le premier assureur crédible de crédit et d’investissement en Afrique. Notre ambition, c’est de transformer l’Afrique dont la perception est « un continent de risque ». Nous devons transformer cette perception en une destination d’opportunités.
Quelles est l’ambition de l’ACA et ses perspectives à long terme ?
Nous voulons doubler notre capital. Aujourd’hui, c’est environ 700 millions de dollars. Dans 10 ans, c’est de le porter à un milliard de dollars. Notre objectif, c’est devenir une institution pleinement panafricaine. Nous avons 21 Etats membres, nous avons encore du chemin à faire, c’est de travailler pour les autres pays nous rejoignent. Nous parlons beaucoup avec la Commission de l’Union africaine. Et avec leur appui, je crois que cet objectif sera atteint dans les jours à venir.
Pour terminer j’aimerais aussi aborder cet événement que nous préparons activement et ce sera chose faite la semaine prochaine. Le Sénégal a adhéré à notre institution en 2021. A cause de la Covid 19 on n’a pas pu procéder au lancement solennel de nos opérations au Sénégal. Maintenant que les choses se sont calmées nous allons procéder au lancement officiel des opérations de ATIDI qui était connu sous le nom de ACA.




